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Emma Goldman à un meeting de la CNT-FAI à Barcelone en 1936

Sur ce site de Racines et Branches, vous trouverez la traduction française du discours qu’Emma Goldman a prononcé devant le congrès extraordinaire de l’Association Internationale des Travailleurs à Paris en décembre 1937. Ce congrès extraordinaire de l’AIT a été convoqué dans le sillon d’un conflit au sein de cette organisation au sujet des concessions idéologiques de la CNT-FAI lors de la révolution espagnole, comme l’entrée de cette organisation anarcho-syndicaliste au sein du gouvernement républicain et la militarisation des milices.

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C’est une Emma Goldman modérée qui exprima un large appuie à la CNT-FAI en lui pardonnant ses digressions aux principes anarchistes considérant les circonstances politico-militaires. À la fin de ce congrès, un des plus fervent critique de la CNT-FAI, le secrétaire de l’AIT Pierre Besnard, est remplacé par Horacio Pietro, un possibiliste libertaire de la CNT-FAI (anarchiste pro-parlementaire). On pourrait longuement critiquer cette contribution d’Emma Goldman considérant que la CNT-FAI était en conflit en son sein même sur ces questions. En voulant prendre le parti de l’organisation, elle prend donc le parti de la militarisation des milices et de l’entrée au gouvernement au même titre que les franges réformistes qui se retrouvent à la tête de la CNT-FAI.

À un moment, Emma Goldman dit « verser de l’acide de vos critiques sur leurs chairs brûlées me semble être un refus de solidarité« . Or elle a tord de dire ça si on prend en considération que la CGT-SR qui critiquait la CNT-FAI contribuait à financer et à envoyer des armes aux anarcho-syndicalistes révolutionnaires via le « Comité anarcho-syndicaliste pour la défense et la libération du prolétariat espagnol ».

Extraits:

Camarades, nous sommes membres de la même famille et nous sommes entre nous. Par conséquent, nous n’avons pas besoin de tourner autour du pot. La réalité déplorable est qu’il n’existe pas de mouvement anarchiste ou anarcho-syndicaliste de grande importance en dehors de l’Espagne, et, à un moindre degré, en France, à l’exception de la Suède. Les mouvements anarchistes dans les autres pays ne sont représentés que par des petits groupes. Dans toute l’Angleterre, par exemple, il n’existe pas de mouvement organisé – seulement quelques groupes.

Avec le plus fervent désir d’aider la révolution en Espagne, nos camarades de l’extérieur n’étaient ni matériellement ni numériquement assez forts pour inverser la tendance. Donc, se trouvant au pied du mur, la CNT-FAI a été obligée de descendre de ses hauteurs traditionnelles nobles pour faire des compromis à droite et à gauche : la participation au gouvernement, toutes sortes de concessions à Staline, une tolérance surhumaine vis à vis de ses sbires qui intriguaient et complotaient ouvertement contre la révolution espagnole.

Leur entrée dans les ministères m’a semblé la moins choquante de toutes les concessions faites par nos camarades. Non, je n’ai pas changé d’avis au sujet de la nuisance du gouvernement. Comme tout au long de ma vie, je soutiens encore que l’état est un monstre froid et qu’il dévore tous ceux à sa portée. Si je ne savais pas que le peuple espagnol ne voit dans le gouvernement qu’un expédient, à jeter par-dessus bord à volonté, qu’il ne s’est jamais fait d’illusions ni n’a été corrompu par le mythe parlementaire, je serais peut-être un peu plus inquiète pour l’avenir de la CNT-FAI. Mais avec Franco aux portes de Madrid, je peux difficilement blâmer la CNT-FAI d’avoir choisi la participation au gouvernement comme un moindre mal, plutôt que le péril mortel de la dictature.

Nous avons toujours condamné la guerre comme servant le capitalisme et rien d’autre; mais lorsque nous avons pris conscience que nos camarades héroïques de Barcelone devaient continuer la lutte anti-fasciste, nous les avons immédiatement soutenus, ce qui était indéniablement un changement par rapport à notre précédente position sur la guerre. Une fois que nous avions pris conscience qu’il serait impossible d’affronter des hordes de fascistes armés jusqu’aux dents, nous ne pouvions pas éviter l’étape suivante , qui était la militarisation.

Camarades, la CNT-FAI est une maison en feu; les flammes s’engouffrent dans chaque fissure , venant de plus en plus près pour brûler nos camarades. En ce moment crucial, et avec seulement peu de gens pour essayer de sauver nos camarades des flammes voraces, verser de l’acide de vos critiques sur leurs chairs brûlées me semble être un refus de solidarité. Pour ma part, je ne peux pas vous rejoindre sur ce point. Je sais que la CNT-FAI s’est beaucoup éloignée de notre et de leur idéologie. Mais cela ne peut pas me faire oublier ses glorieuses traditions révolutionnaires de soixante-dix années. Leur combat courageux — toujours pourchassés, toujours aux abois, toujours en prison et en exil. Cela me pousse à penser que la CNT-FAI est restée fondamentalement la même et que le temps n’est pas loin où elle prouvera qu’elle est toujours le symbole , la force d’inspiration, que les anarchistes et les anarcho-syndicalistes ont toujours été pour les autres anarchistes dans le monde.

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