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Sur le site du Monde Nouveau du Cercle d’études libertaires Gaston Leval de la Fédération anarchiste (France), vous trouverez ce texte de René Villard publié en septembre 1969 à Lyon en France.

Le texte, sans être une étude approfondie*, soulève l’importance de se préparer à la révolution via des tâches pré-révolutionnaires comme l’étude de l’organisation de la future société révolutionnaire, la propagande anarchiste et révolutionnaire, l’intégration des travailleurs dans une organisation de type C.N.T., la solidification des réseaux internationaux pour défendre les révolutions locales comme les agressions internationales, etc. À titre d’exemple, l’idée de l’organisation de la société semble pour lui être suffisamment importante pour qu’il soit « criminel » de s’embarquer dans un processus révolutionnaire sans en avoir une idée. Il dit par exemple que mai 68 n’a pu aboutir à une révolution car aucune proposition de révolution libertaire avait été étudié au préalable. C’est un texte intéressant pour alimenter et démarrer une discussion sur le sujet. Néanmoins, on sent une « foi » en la C.N.T. En effet, il propose de faire embarquer une masse de travailleurs dans la C.N.T. comme si cela était un gage de protection contre des tendances non-révolutionnaires. Il soulève pourtant lui-même dans ses premières pages, l’erreur des anarcho-syndicalistes de la C.N.T. espagnole à participer au gouvernement républicain.

*Les idées à la base de ce texte: préparation à la révolution, importance d’avoir un projet pour la société de demain n’est pas sans rappeler le livre de Pierre Besnard (Les syndicats ouvriers et la révolution sociale, 1930) dans lequel ces idées sont beaucoup plus développées.

Du syndicalisme révolutionnaire à la révolution

Voici quelques extraits:

Notre tâche principale actuelle, notre action directe présente, consiste à forcer le travailleur à ouvrir les yeux, à réfléchir, à comprendre, de l’entraîner, avec nous, dans la lutte ascendante pour la révolution, afin que ses enfants ne soient plus, demain, les domestiques du capital; afin que ses enfants puissent, demain, posséder, enfin, la dignité de l’homme et se trouver au même niveau que tous les hommes; car tous les hommes seront devenus des travailleurs et produiront, selon leurs aptitudes, pour le plus grand bien de la société

Le succès révolutionnaire réside en la formation d’une quantité de militants révolutionnaires capables, au moment favorable d’entraîner les travailleurs et le peuple à la conquête de la liberté.

En mai 1968, la révolution n’était pas réalisable parce qu’aucun plan de transformation de la société n’avait été suffisamment étudié pour permettre cette réalisation. Si la révolution avait renversé le pouvoir, il aurait fallu improviser et, ce qui est construit hâtivement, sans étude préalable, ne peut, dans le moment passionné d’une révolution, être l’expression de la justice et de la liberté qui sont les véritables buts révolutionnaires. La différence qui existe entre une révolution militaire ou capitaliste et une révolution libertaire, est que la première continue l’exploitation du peuple et des travailleurs et qu’elle n’apporte, en définitive, qu’un changement de maîtres au pouvoir, elle peut donc être réalisable à tous moments. Tout au contraire, la révolution libertaire ne peut être la continuation de l’exploitation du peuple et des travailleurs. C’est donc toute une organisation nouvelle qu’elle doit apporter, créer, organiser, mettre en place, dès le succès de la révolution. Si cette organisation nouvelle n’est pas capable d’assurer l’existence du peuple au jour de la révolution, il est inutile et criminel de tenter de réaliser celle-ci. Reconnaissons, cependant, que tout mouvement de révolution est profitable à l’avènement de la révolution totale et libertaire, du fait qu’elle donne aux travailleurs et aux peuples, le courage de la révolte qui autorisera, un jour, la conquête de la liberté.

La pré-révolution implique, dans les temps présents, la diffusion, parmi tous les exploités, de la pensée libertaire: elle nécessite le développement et l’affiliation des travailleurs dans les syndicats C.N.T. (Confédération Nationale du Travail) lesquels peuvent constituer la base indispensable de travailleurs et révolutionnaires pour constituer les éléments nécessaires de propagande autorisant de combattre tous les mensonges diffusés par l’État et par ceux qui en sont bénéficiaires.

Ce sont les organisations libertaires et le syndicalisme révolutionnaire qui assureront demain aux nouvelles générations, libérées de tous les mensonges, des atteintes à la morale, que le peuple supporte dans les temps présents, l’égalité économique et sociale indispensable à la dignité humaine.

Si la révolution est une nécessité, la pré-révolution est indispensable à la préparation du succès de la révolution. C’est à cette pré-révolution que les anarchistes, les syndicalo-anarchistes, convient la classe des travailleurs afin qu’elle accomplisse sa mission de libération.

L’esprit de révolte doit donc, pour vaincre la violence des esclavagistes, composer une force qui, en plus d’une possibilité de violence, soir capable de construire, par la raison et la solidarité, une force économique et sociale, libératrice, capable de redonner aux hommes la dignité qu’ils ne possèdent plus.

C’est en faisant basculer un nombre important de travailleurs affiliés à des syndicats inféodés à l’État, dans les syndicats révolutionnaires de la C.N.T. que les grèves pourront prétendre à la libération des travailleurs et à la suppression de l’État.

Le succès d’un mouvement révolutionnaire, dans un pays, dépend de la multiplicité des points de révolte, afin que les forces de l’État soient divisées et ne puissent se concentrer sur un seul point révolutionnaire. Ce qui justifie la nécessité de l’organisation révolutionnaire sans laquelle il est inutile et criminel de s’attaquer à un pouvoir organisé et meurtrier, disposant de forces considérables qu’il peut lancer contre le peuple sous quelques heures, avec la certitude de l’impunité devant l’Histoire, laquelle est écrite sous le contrôle de l’État, avec le sang du peuple.

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