Un texte sur les rapprochements entre le marxisme et l’anarchisme…
Pour ma part, je crois qu’au lieu de chercher à transgresser les idéologies, on devrait peut-être plutôt abandonner la recherche d’idéologie carrément.

Que reste-t-il s’il n’y a plus d’idéologies? Le goût de l’apprentissage de l’histoire (telle qu’elle est) et la réflexion critique! De cette manière on arrive plus facilement à incarner les expériences passées en des réflexions concrètes dans les organisations de masse d’aujourd’hui.

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J’ai l’impression que cette volonté d’aller au delà de l’anarchisme et du marxisme reste tout de même engluée dans les icônes intellectuelles de l’extrême gauche (références historiques, enjeux prédéterminés et idéologies en boîte). Selon moi la réflexion de cet article est « idéologisante » et donc relativement inutile. Par exemple, on fait ici référence à Rosa Luxembourg comme d’un cas de marxisme non-léniniste. On met de la sorte de l’avant une icône alternative au lieu de déconstruire les idéologies d’hier. Cette déconstruction permettrait de mieux incarner les enjeux et débats de al lutte des classes d’hier à des questions pratiques contemporaines. Malheureusement, ce texte de Daniel Guérin abouti donc selon moi au contraire de son dessein: à vouloir sortir des stéréotypes marxiste vs libertaire, il en a créé un nouveau. Au final, ça recrée un nouveau drapeau, une nouvelle chapelle idéologique, mais les enjeux concrets restent encore sclérosés dans les images et pensées mortes du passé, que ça soit Guérin ou Luxembourg.

On pourra peut-être me taxer d’anti-idéologue, mais je ne crois à la nécessité de renouveler une identité politique ou de mettre au goût du jour « la plus authentique idéologie révolutionnaire ». Par contre il est nécessaire d’aller chercher dans le passé les réflexions de la lutte sociale, mais il n’y a pas de besoin de construire une organisation qui va prétendre détenir la meilleure idéologie. Selon moi les appels à l’autocritique au sein des organisations politiques idéologiques resteront mortes au feuilleton car les idéologies permettent justement de répondre à un besoin de confort mental: celui de ne plus avoir à se remettre en question, du moins pas en profondeur. C’est sur cette absence de remise en question (ou foi) que réside justement le ciment de toute organisation idéologique.

Pour moi l’organisation idéologique en dehors des luttes concrètes, c’est sortir les débats des endroits où ils devraient être: dans les organisations de masses, les syndicats, les assemblées populaires. C’est là que les idées deviennent action au sein de la classe ouvrière. Agir politiquement ou économiquement sur la base d’une organisation idéologique c’est reproduire le stéréotype d’avant-gardisme léniniste, même en version libertaire. Les réflexions des les socialistes et anarchistes du 20e et du 19e prennent toutes leur sens si on les soulève dans un contexte social d’organisation de masse syndicale/associative. Malheureusement, faire valoir au sein des organisations de masses l’importance de ces questions historique est beaucoup plus difficile car on doit expliquer pourquoi les masses devraient s’y intéresser. C’est donc beaucoup plus facile de soulever les questions entre personnes acquises d’avance aux questions idéologiques car ils et elles ne se posent plus la question de  » l’utilité de l’idéologie  » . Dans les organisations idéologiques, l’idéologie est importante en soi… plus besoin de la justifier au sein des masses.

En plus d’en finir avec les icônes, je crois qu’il faut en finir avec les « identités politiques »: notre classe est notre parti, les idéologie sont pour moi malheureusement que les lumières mortes qui aveuglent les plus idéalistes et intellectuels d’entre nous. Elles masquent la nécessité de s’enquérir de l’état des choses présentes tel qu’elles sont (et non pas comment on les perçoit en fonction de notre idéologie). Les réflexions issues de l’histoire de la lutte de classe sont beaucoup trop riches pour être réduites à des idéologies, tout aussi libertaires puissent-elles être. Les auteurs des luttes d’hier, en s’affublant d’une identité politique idéologique, s’approprient les leçons de l’histoire de la classe ouvrière et de l’émancipation sociale pour mieux la diviser en « paquets » d’idées. Si Guérin a tenté de défaire les « paquets » libertaires et marxistes, il n’a pas défait les « paquets ».

Collectif Alternative Libertaire Bruxelles

Par Patrice Spadoni

tumblr_mck22jyqTD1rgok2xo1_1280L’hypothèse de Daniel Guérin, celle d’une synthèse à venir de l’anarchisme et du marxisme, trouve précisément aujourd’hui, dix ans après sa mort, de bonnes et de nouvelles raisons pour être réexaminée. En effet, ces dix années ont tout d’abord vu s’effondrer l’empire soviétique, et avec lui les illusions qui avaient dominé pendant plus de soixante ans une grande partie de la gauche et de l’extrême gauche.

Pendant des décennies, Daniel Guérin fut l’un des plus vigoureux critiques de ce monstrueux empire du mensonge, dénonçant le stalinisme, mais aussi, bien avant que cela devînt une mode, les tendances jacobines, autoritaires, liberticides, de Lénine et de Trotski. Mais l’effondrement salutaire du mythe soviétique entraîna dans sa chute, un temps, toute idée d’une transformation radicale de la société, fût-elle libertaire ou autogestionnaire : ces dix années ont d’abord vu la victoire idéologique du libéralisme, par disparition de son adversaire officiel…

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