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Tiré du journal Le Couac du mois de septembre
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Détroit a vécu au même rythme que l’industrie automobile des États-Unis. Pendant des décennies, l’économie y a été florissante. Alors que le chiffre d’affaires des «big 3» et le budget de la ville augmentaient à chaque année, les syndicats ont principalement travaillé à améliorer les conditions de travail de leurs membres. En gros, l’entente était qu’en autant que l’augmentation salariale annuelle soit d’au moins 3%, les syndicats laissaient les employeurs gérer les entreprises comme ils le voulaient.

Fort de cette liberté, les constructeurs automobiles ont pris de mauvaises décisions stratégiques, comme se concentrer sur de gros véhicules énergivores et délocaliser la production. Perdant en fiabilité et déconnecté de la demande des consommateurs, l’industrie automobile américaine a connu un déclin qui a entraîné l’économie de Détroit dans son sillon. Parallèlement, de mauvaises décisions prises par la mairie de Détroit, influencée par la corruption, ont achevé de mener la ville à la faillite. On voudrait aujourd’hui faire payer la note de cette faillite principalement aux membres des syndicats municipaux.

Alors que syndiqués de Détroit doivent lutter pour ne pas tout perdre, les syndicalistes d’ailleurs doivent réfléchir aux enseignements de la faillite de Détroit pour éviter de se retrouver dans la même situation.

D’abord, les syndicats doivent prendre part aux décisions stratégiques des organisations où travaillent leurs membres. Les augmentations salariales annuelles de 3% n’existent pratiquement plus en Amérique du Nord. Pourquoi les syndicats devraient-ils donc laisser la gestion des entreprises aux employeurs qui n’assurent plus la prospérité des travailleurs ?

La lutte pour participer à la gestion de leur organisation devrait être à l’agenda des négociations collectives de tous les syndicats. Ils ne peuvent plus se contenter uniquement de négocier les conditions de travail. Il ne sert à rien d’obtenir une augmentation salariale, surtout si elle est moindre que l’inflation, si l’entreprise prend des décisions qui feront, à terme, perdre aux membres leur emploi.

L’accès des syndicats aux plus hautes sphères décisionnelles de nos entreprises ou de nos institutions publiques est plus que jamais capital. Un tel gain permettrait de lutter contre les hautes directions qui utilisent les organisations pour leur intérêt personnel. Les syndicats pourraient lutter plus efficacement contre la délocalisation, la corruption et la sous-traitance en plus d’augmenter la productivité des organisations tout en assurant le maintien des emplois. Pour y parvenir, une mobilisation des membres est cruciale pour développer la confiance et le désir de se réapproprier un pouvoir dans le milieu de travail.

Ensuite, il faut créer une solidarité entre les travailleurs des secteurs publics et privés. Autant les travailleurs du privé doivent appuyer ceux du public pour éviter une pression généralisée à la baisse sur les conditions de travail, autant les travailleurs du public doivent appuyer ceux du privé pour empêcher que les entreprises déstructurent l’économie de leur communauté et mettent en péril les institutions publiques.

Les travailleurs doivent prendre leur place là où ils travaillent. C’est la seule façon d’empêcher ceux qui dirigent de le faire aux dépens des travailleurs et de leur communauté. Si notre objectif est d’avoir des emplois de qualité et des communautés en santé, les syndicats demeurent le meilleur outil pour l’atteindre.

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