Un voile sur la cause des femmes, Paris, Editions du Monde Libertaire, Paris, Janvier 2009, 68 p., 4 €

Critique par Jean-Paul Salles

un article de la revue Dissidences

René BERTHIER

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Chez les Anarchistes, comme chez d’autres militants d’extrême gauche (à la LCR par exemple), la question du voile a suscité débat et prises de position divergentes. Cette brochure reproduit un certain nombre d’articles parus dans Le Monde libertaire (15 janvier et 5 février 2004). Le groupe Henry-Poulaille appelle à mener campagne contre toutes les religions, « source du patriarcat » : « c’est le meilleur service à rendre aux jeunes filles manipulées » (sic). Pour Sylvie Tissot, de l’association féministe Femmes Publiques, ces femmes qui portent le voile sont « de chair et d’os ». Elle demande que l’on s’intéresse à leur vécu, aux situations de domination qu’elles affrontent et « aux moyens de lutte avec elles contre ces dominations », « au lieu de les montrer du doigt et de les exclure ».

Ces quelques brefs articles sont précédés de 3 textes plus développés et plus récents. L’un d’entre eux, après une analyse de la législation iranienne, en vient à faire la louange de la République française, où la femme ne sera pas obligée de se marier si elle n’en a pas envie, « où elle n’aura pas à se taper la présence de 3 co-épouses » (resic) etc… Le titre, « La République française ? Génial !!! », en adéquation avec le contenu de l’article, n’apparaît même pas comme humoristique.

Heureusement, les deux autres contributions, plus savantes, élèvent le débat, tentant de cerner notamment ce qu’est le « féminisme islamique ». Il y a en effet dans le monde musulman un certain nombre de femmes qui tentent de lutter contre le machisme ambiant et les pratiques discriminatoires en recourant aux textes sacrés. Elles réclament une relecture du Coran qui aurait souffert d’une « interprétation patriarcale ». Il s’agirait donc de le débarrasser de toutes une série d’ajouts, d’ailleurs souvent venus, expliquent-elles, de la tradition hébraïque, qui l’auraient dénaturé. L’islam originel ayant été déformé par les hadiths, il faut revenir à l’esprit et à la lettre du Coran.

Mais le problème, le paradoxe, est que l’Islam des débuts n’a dû sa réussite qu’à sa faculté d’adaptation à une société patriarcale. Et c’est par un retour à des textes vieux de 14 siècles que les fondamentalistes musulmans – beaucoup plus implantés que les féministes musulmanes – se proposent de soigner les maux des sociétés actuelles. Cette démarche suscite de l’intérêt chez les Musulmans parce qu’elle apparaît comme un refus de l’héritage colonial perçu comme une agression contre l’identité musulmane et aussi comme une forme de résistance à un modernisme occidental aux nombreux effets pervers. Donc brandir le voile n’est pas anodin, c’est lutter contre « la pollution occidentale », l’amoralisme de ces sociétés , se mobiliser pour des « valeurs traditionnelles » tellement supérieures à celles de l’Occident, mais qui en même temps maintiennent les filles dans un état subordonné.

Une série de textes inégaux mais qui témoignent des efforts de militants désireux de comprendre des comportements situés aux antipodes de leur façon d’envisager le monde.

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