Film documentaire de Fabrizio Calvi et Frédéric Laurent réalisé par Jean-Michel Meurice – 1997. Le pouvoir d’état n’est-il pas le premier instigateur du terrorisme qu’il est censé combattre ? C’est la question que pose ce classique du cinéma d’investigation. Sans jamais verser dans la théorie du complot, «L’orchestre noir» mène patiemment son enquête sur les attentats qui ont frappé l’Italie à la fin des années 60 et plus particulièrement sur le massacre de Piazza Fontana, provoqué par l’explosion d’une bombe au siège de la banque de l’agriculture à Milan, qui tue 17 personnes et en blesse 88.

A cette époque, la contestation sociale est à son apogée et l’attentat de Piazza Fontana marque un tournant : en choquant l’opinion publique, il inaugure les «années de plombs» et substitue à la perspective du changement social, la crainte de la violence politique aveugle. L’enquête de police, manipulée par les services secrets italiens, s’oriente rapidement et à tort sur une piste « anarchiste ».

Pourtant, dès le début, les services de renseignements savent que des activistes d’extrême droite sont impliqués dans l’attentat. Et pour cause, depuis plusieurs années déjà, les américains, via la CIA et l’OTAN, s’appuient sur les fascistes italiens pour prévenir la montée du communisme. Ils entretiennent de multiples réseaux occultes, dont le plus célèbre est le réseau paramilitaire « Gladio » qui regroupe des militaires italiens, des politiciens, des membres des services secrets, de la loge P2, de l’OTAN, et du groupe fasciste Ordine Nuovo. Ces réseaux, qui nouent des relations étroites avec les anciens officiers français de l’OAS, infiltrent les groupes gauchistes, mènent des actions violentes et sont tentés par un coup d’état militaire qui porterait à la tête de l’Italie une dictature semblable à celle instaurée avec l’assentiment des États-Unis par les colonels grecs en 1967. Cette tentation se révèle notamment en 1970 dans le coup d’état avorté du « prince noir », Valerio Borghèse, fondateur du « Fronte nazionale ». Mais ces manœuvres secrètes sont compliquées par le trouble jeu de la démocratie chrétienne italienne, qui dans le cadre de la « stratégie de la tension », instrumentalise dangereusement les groupes d’extrême droite pour raffermir son pouvoir, discréditer la gauche et apparaître comme la seule force capable de rétablir l’ordre.

La partition de cet abominable orchestre n’est pas encore totalement déchiffrée, mais son thème principal est aisé à identifier : tuer des innocents pour distiller la peur et anéantir la lutte contre l’exploitation.

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